Sabrer
Geste guerrier devenu geste de joie par la grâce d’un vin ! Et quel autre, mieux que celui de Champagne, pourrait accomplir cet exploit, lui dont la naissance et l’image ne sont que de perpétuelles contradictions ?
D’abord la terre
Province de l’Est, carrefour d’influence mais aussi, depuis toujours champ de guerre ; là où les noms de batailles résonnent presque aussi nombreux que les noms de crus. Champagne ! Par quel étrange miracle, ton seul nom claque-t-il comme un appel au plaisir ? Et de ce sol de craie si pauvre – si longtemps accablé de mille maux – naît un vin devenu presque synonyme de richesse.
Puis le vin
La vigne, dit-on, doit souffrir pour transmettre aux fruits toutes ses qualités. Eux-mêmes devenus lentement vin, seront soigneusement assemblés selon des proportions chaque fois redéfinies pour créer les cuvées. Celles-ci devront bénéficier alors d’un long temps de maturation en bouteille pour se former et s’épanouir. Tout ce travail méticuleux, toutes ces années, et l’on ne retiendra de nous… que l’image de la spontanéité souriante !
Ensuite la bouteille
Avec le vin de Champagne, elle est comme ennoblie : ce n’est plus un simple contenant mais un outil. Chacune d’elles – comme unique – sera le siège de multiples transformations dans le silence monacal des caves, avant de surgir soudain – habillée d’or – en un clin d’œil libertin.
Vient le bouchon
Nous le voulons souple et solide. Il doit, en force, tenir le vin enfermé mais savoir, le moment venu, sauter et, en un éclair, de prison devenir signe de bonheur !
Le sabre enfin
Il jaillit du fourreau, effleure à peine le col, laissant l’éclat des rires suspendu à son vol rapide. Ainsi, dernière métamorphose par la grâce de ce vin de Champagne un peu magique, l’arme, au lieu d’imposer l’ordre, libère la fête.
Prince Alain de Polignac